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De l'auberge au musée

D’abord auberge-relais pour les coches d’eau au cours du 18ème siècle, puis maison de villégiature de Stéphane Mallarmé, cette «petite maison au bord de l’eau » a été marquée à jamais par la présence du Prince des poètes. Elle devient, grâce à la volonté de ses descendants, puis à l’intervention du Conseil général de Seine-et-Marne, un musée à sa mémoire.

Une auberge pour les coches d’eau au cours du 18ème siècle

« L’isle de Cayenne »

Description de l'image

La maison en 1900, carte postale,
Inv : 986.9.1, Coll. MDSM, Vulaines-sur-Seine,
© musée départemental Stéphane Mallarmé

La maison qui va devenir celle de Stéphane Mallarmé a d’abord été une auberge pour les coches d’eau. Dès les années 1780, des monographies et écrits d’érudits locaux mentionnent une auberge à Valvins (hameau de l’actuelle commune de Vulaines-sur-Seine), sur la rive droite de la Seine, à proximité du bac permettant la liaison entre les deux rives de la Seine (le premier pont n’est construit qu’en 1825).
D’après le plan d’intendance de 1786, il s’agit de la première habitation construite de ce côté-ci de la rivière. L’existence de cette auberge appelée « L’isle de Cayenne », en référence au lieu-dit « Cayenne » où elle se situe est liée aux activités du fleuve. Elle constitue un relais pour les coches d’eau et leurs chevaux.
A cette période en effet des bateaux appelés coches d’eau transportent les voyageurs venant de Paris jusqu'à Fontainebleau. Le coche royal transporte la cour à partir de 1679, quand la cour du roi est au château. A partir de 1771, un trajet par jour existe, pour tous passagers : durée de douze heures, départ à 7 heures du matin quai de la Tournelle, arrivée à 19h à Valvins où les voyageurs débarquent au port que l’on aperçoit en face. Les matériaux voyagent de la même manière, les grès du rocher de Samoreau sont acheminés par chalands pour servir au pavage des rues de Paris.

Les premières évocations de la maison ne livrent pas le nom de son propriétaire mais il semblerait qu’elle ait été partagée. A partir de 1813 et jusqu’à 1902 elle appartient à la famille Mary. Il existe plusieurs descriptions précises des lieux avant que Mallarmé ne les investisse; une donation de 1844 indique par exemple : « l’auberge proprement dite en plusieurs pièces chambres et cabinets au rez de chaussée et au premier, grenier régnant sur le tout, cave sous lad[ite] maison, et ses dépendances en divers bâtiments servant de grange, écurie, vacherie, poulailler, toits à porcs, cour devant lesd[ites] maison et bâtiments qui sont tous couverts en tuiles, jardin derrière et à côté entouré de murs...».

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La maison de Stéphane Mallarmé (1874-1898)

Les fiançailles d’un poète et d’une maison

Photographie couleur montrant la façade du musée ornée d'une glycine et d'un médaillon commémoratif

Vue extérieure de la maison
© Yvan Bourhis

Lorsque Stéphane Mallarmé découvre Valvins en 1874, il tombe sous le charme.
Mené par Philippe Burty (1830-1893), écrivain et critique d’art, il rend visite au graveur Alfred Prunaire (1837- NC) qui passe l’été dans une maison près de Fontainebleau. Sachant que le poète cherche une villégiature, Alfred Prunaire lui signale une petite maison à louer près du pont de Valvins, l’auberge des Mary, que Mallarmé ne va pas tarder à occuper. Il s’agit d’un lieu que Mallarmé aimera profondément et avec lequel, selon ses propres mots, il se « fiancera ».

Il prend pension chez les Mary, et loue deux petites pièces au premier étage : la salle à manger, alors complétée par une alcôve qui sert de chambre, et le petit cabinet japonais, ou cabinet de travail. Il parle d'ailleurs d'un « petit logis, dans un coin de ferme ». Il y vient d’abord chaque été, avant de multiplier ses séjours, à Pâques et à la Toussaint en particulier. C’est pour lui un lieu de repos, qui lui permet de fuir l’effervescence parisienne sans trop s’en éloigner.
D’après Henri Roujon, « jamais châtelain n’aima son manoir comme Mallarmé son logis des bois ».
Dans sa « maison au bord de l’eau », Mallarmé jardine et découvre aussi le plaisir du canotage dont il devient féru. La plénitude que lui apportent ces exils à Valvins le conduit en 1893, au jour de sa retraite de professeur, à s’y installer plus longuement.
En 1895 les Mallarmé louent des pièces supplémentaires : ils bénéficient dorénavant de quatre pièces à l’étage et de deux au rez-de-chaussée. Ils transforment les deux pièces supplémentaires du premier étage en chambres à coucher. L'alcôve ainsi libérée dans la salle à manger est bouchée pour aménager une plus grande cuisine. Le cabinet japonais est converti en boudoir.
Vient ensuite la décoration, dont Mallarmé prend grand soin : « les chambres ne devaient avoir aucun rapport, on devait avoir une surprise dans chacune d'elles. ». Ils entament d’importants travaux d’aménagement. Le poète participe à la peinture des pièces du rez-de-chaussée, de l’escalier tournant, peint lui-même son lit, tandis que sa fille Geneviève choisit avec soin le tissu d’andrinople rouge qui va recouvrir les murs de la salle à manger. Ensemble, ils discutent de la place de chaque objet. Mallarmé se réserve la chambre avec vue sur la Seine, qu’il affectionne tant.
C’est dans cette maison que le poète décède en 1898, à l’âge de cinquante six ans, emporté par une crise d’étouffement. Il est enterré au cimetière de Samoreau, commune voisine de Vulaines-sur-Seine.

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Le rôle des descendants

Préserver la mémoire du poète

Photographie en noir et blanc représentant Geneviève Mallarmé en pied de face dans le jardin

Anonyme, Geneviève Mallarmé
dans le jardin, cliché original,
vers 1896, 985.366.1, Coll. MDSM,
Vulaines-sur-Seine,
© musée départemental Stéphane Mallarmé

Dès le décès du poète le 9 septembre 1898, son entourage s’efforce de préserver la mémoire de Stéphane Mallarmé en ces lieux.

En 1902, sa fille Geneviève et son mari Edmond Bonniot achètent la maison de Valvins. Ils y apportent nombre d’objets qui étaient jusque là dans l’appartement parisien de la rue de Rome, comme la célèbre « table des mardis ».

Après la mort de Geneviève en 1919, le docteur Bonniot se remarie avec Louise Saquet, à laquelle il confie dans son testament la mission d’entretenir la sépulture du poète.
Celle-ci veillera à la commémoration de Mallarmé plus que ne le lui avait demandé son mari, décédé en 1930 : les appartements du poète restent quasiment inchangés, le mobilier est précieusement conservé.

Au 25ème puis au 50ème anniversaire de la mort du poète, un pèlerinage est organisé à Valvins. C’est à cette occasion, en 1923, que sera apposé le médaillon sur la façade de la maison.

En 1937 l’Académie Mallarmé est créée: elle va dès lors œuvrer pour que le lieu retienne son âme poétique.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la maison de Valvins est en péril. Si les pillages ont été limités par la surveillance permanente des lieux, le premier étage où résidait Mallarmé n’en a pas moins été éventré par des bombardements qui visaient le pont tout proche, et les dégâts laissés par le passage d’un obus entre la chambre du poète et le cabinet japonais sont considérables.

Pour garantir la sauvegarde des lieux, la demande d’inscription à l’Inventaire Supplémentaire des monuments historiques est formulée. Elle sera réalisée le 18 juin 1946. Pour assurer le coût des réparations, Louise Saquet est obligée de vendre de nombreuses œuvres de valeur de Manet, Monet, Gauguin, Renoir, Redon, ainsi que des livres et manuscrits précieux.
N’ayant pas eu d’enfant, Louise Saquet, seconde épouse d’Edmond Bonniot, vend à ses deux nièces la maison de Valvins en 1961.

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La transformation en musée

Rendre au lieu son visage « mallarméen »

Photographie couleur de l'entrée fleurie du musée

Entrée du musée
© musée départemental Stéphane Mallarmé

Les deux nièces de Louise Bonniot, après avoir à leur tour travaillé à la préservation du site et plusieurs fois alerté par voie de presse les pouvoirs publics des difficultés rencontrées, décident, en 1982, de vendre la maison.


Le Ministère de la Culture, en charge notamment des monuments classés et inscrits, étudie le dossier. Il demande alors au Conseil départemental de Seine-et-Marne d’en envisager l’achat. Ce dernier, soucieux de protéger le patrimoine local, accepte l’achat et crée dès 1985 un poste de conservateur départemental pour répondre aux exigences professionnelles de la Direction des Musées de France. L’acte de vente est signé le 3 juin 1985, en présence de Jack Lang, Ministre de la Culture.

Un travail de rénovation de la maison et du jardin commence. Grâce à l’état des lieux, aux témoignages, et aux sources littéraires et iconographiques, l’architecte Bruno Donzet et la paysagiste Florence Dollfus ont pu restituer aux lieux leur visage mallarméen.
Une attention particulière a été accordée aux détails et à l’atmosphère générale se dégageant des lieux. Le programme de rénovation visait aussi à adapter le bâtiment à sa nouvelle fonction de musée.

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D’après les textes de l’exposition « De l’auberge au musée, histoire d’une maison des bords de Seine », 2004, par Sarah Dessaint.