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La maison du poète

Bien que la maison de Valvins serve à Stéphane Mallarmé de refuge contre l’effervescence, il y mène une vie très active, partagée entre l’écriture, le canotage et les mondanités.

Les douces journées de villégiatures

« Tout le monde a un pays natal, moi j’ai adopté Valvins »

Stéphane Mallarmé cité par Geneviève Mallarmé-Bonniot, Mallarmé par sa fille, NRF, 1926

En 1874, Mallarmé découvre « la petite maison au bord de l’eau » située à Valvins. Simple et rustique mais dotée d'un très beau jardin, la maison plaît tout de suite au poète. Il y loue alors deux pièces à l’étage et y séjourne en famille très régulièrement l’été, à Pâques et à la Toussaint. A sa retraite en 1893, il obtient des propriétaires de louer davantage de pièces et, après y avoir fait d'importants travaux, il s’y installe seul plus longuement. Plus qu’un lieu de villégiature, Valvins lui offre un véritable ressourcement loin des mondanités parisennes. La forêt qui entoure le poète et la Seine qui coule devant sa chambre l’invitent à l’écriture et sont pour lui, comme pour tant d’autres alors, une source d’inspiration sans cesse renouvelée. Mallarmé aimera profondément ce lieu au point de s’en sentir natif

" jamais châtelain n’aima son manoir comme Mallarmé son logis des bois..."
Henri Roujon, d'après La Galerie des bustes,1908. natif.

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Les matinées du poète

Photographie de Mallarmé en train d'écrire à la plume son châle sur les épaules

Paul NADAR, Stéphane Mallarmé au châle,
photographie © Yvan Bourhis

Que fait Stéphane Mallarmé lors de ses séjours à Valvins ?
Le matin il s'installe à son bureau : il s'occupe de son courrier ou relit des épreuves de ses ouvrages en cours de publication. Il écrit aussi beaucoup: Mallarmé entretient en effet une correspondance abondante avec ses contemporains. Il est difficile de déterminer avec exactitude ce qui de son œuvre fut, tout ou partie, écrit à Valvins. Sa correspondance nous éclaire, sur les travaux de relecture d'épreuves, de modifications de textes ou de rédaction d'ébauches. Ainsi, en 1887, il prépare avec Edouard Dujardin (1861-1949) la très précieuse édition photolithographiée d'après le manuscrit de ses poésies pour La Revue indépendante. Les témoignages confirment également que "les notes de Valvins" étaient les ébauches d'essais et de poèmes, et notamment pour le fameux Coup de Dés.
Après avoir pris sa retraite d’enseignant, Mallarmé se consacre de plus en plus à l'écriture à Valvins. Dans une chambre décorée par ses soins et qu'il espère favorable au travail, il se remet à des textes de toute première importance pour lui, tels son grand œuvre, Le Livre, ou encore la version définitive d' Hérodiade et du Cantique de Saint-Jean.

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Les après-midis de Stéphane Mallarmé

Photographie de Yoles et du pont de Valvins enjambant la Seine

Abel HOUDRY, la Yole et le pont de Valvins,
photographie, Coll. du musée

© musée départemental Stéphane Mallarmé

En contrepoint du travail du matin, l'après-midi est consacrée au fleuve.
Si les bains et la pêche sont au programme, la navigation retient toute l'attention du poète. Peu après 1876, et en partie avec ce que lui rapporte la publication du poème L'Après-Midi d'un faune, Mallarmé fait construire à Honfleur une barque en bois dotée d'un mât qu'il nomme le « canot ». La correspondance du poète abonde sur l'entretien de celui-ci : en 1879, avant de quitter Valvins, il écrit à sa femme Marie qu'il lui reste encore ses paquets à faire et le canot à laver ; en 1887, il le peint et, en 1891, le fait vernir par des « pontonniers ». Une année, tandis qu’il est resté à Royat et que Geneviève et Marie Mallarmé sont à Valvins, il leur reproche le manque de soin apporté au canot : « Quoi ! Tant de dégâts par le vent du nord et tu as laissé, mousse novice, l’avant et flanc du canot battre le ponton ! Quand cela souffle de par là, détache simplement la bouée d'arrière pour que le S.M. (le nom du canot) file en amont. »
La forêt aussi est très chère à Mallarmé. En 1862, alors qu'il habite Sens, il fait en forêt de Fontainebleau deux promenades mémorables : l'une le 11 mai, avec plusieurs jeunes écrivains et artistes parisiens avec lesquels il noue une amitié durable ; l'autre le 29 septembre, en compagnie de celle qui deviendra son épouse. Une fois installé à Valvins, il se promène régulièrement en forêt, à pied ou en carriole, seul, en famille ou entre amis. Il en profite pleinement, particulièrement à l'automne : il parle dans ses lettres de « la forêt d'or », de « l'éblouissement de quelques torches » et de la « flamme des arbres ».
En 1885, le départ pour cette forêt de Fontainebleau à l'automne lui inspire d'ailleurs un surprenant poème en prose - au sein d'un groupe de textes liés à Valvins, La Gloire : « Cent affiches s'assimilant l'or incompris des jours, trahison de la lettre, ont fui, comme à tous confins de la ville, mes yeux au ras de l'horizon par un départ sur le rail traînés avant de se recueillir dans l'abstruse fierté que donne une approche de forêt en son temps d'apothéose...»

"Ici rien de nouveau : je remplis quelques feuilles de papier le matin et glisse en yole ou mouille ma voile au mauvais temps qu’il fait dans l’après-midi … Bref c’est un Valvins de chaque année, dont je rapporterais suffisamment de force et de fraîcheur d’esprit."
Lettre de Stéphane Mallarmé à Edouard Manet, 11 septembre 1882.

D'après Stéphane Mallarmé à Valvins, livret du visiteur, par Marie-Anne Sarda.

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Un lieu de villégiature connu et prisé

Des voisins prestigieux

D’autres artistes séjournent dans les environs de Valvins, charmés, comme Mallarmé, par les lieux : Alfred Sisley s’installe à Moret-sur-loing, Rosa Bonheur à Thomery, Léopold Dauphin au Val Changis, Debussy chez les Durand à Bel Ebat, , … sans oublier les artistes de l’école de Barbizon.

Dans les alentours, Mallarmé retrouve : à Héricy, Henri Signoret, homme de théâtre symboliste ; à Samois, Odilon Redon, grand peintre de l'époque symboliste et esprit proche du poète, le romancier et journaliste Elémir Bourges et les cousins du poète Paul et Victor Margueritte, écrivains. A Fontainebleau, Marras, sous-conservateur du Palais ; à Bourron-Marlotte, le peintre néo-médiéviste Armand Point, qui organise de véritables agapes ; à Barbizon, le philosophe Gabriel Séailles ; à Valvins même, habitent durant l’été 1896 à deux pas de chez lui dans une petite maison appelée « la Grangette » (ou maison Prunaire, du nom du graveur Alfred Prunaire) Thadée Natanson, directeur de La Revue Blanche, et son épouse Misia, qui reçoivent Edouard Vuillard, Pierre Bonnard, Toulouse-Lautrec, Alfred Jarry, entre autres. Les familles des uns et des autres sont parfois très liées : Geneviève Mallarmé est la marraine d'Arï Redon, fils d'Odilon, baptisé à Samois le 4 août 1889.

Les environs regroupent aussi des habitants occasionnels : Paul Hervieu à Bois-le-Roi en 1891, Camille Mauclair et Georges Rochegrosse à Barbizon en 1892...

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Les invités de Valvins

Stéphane Mallarmé, prend plaisir à recevoir.
La maison de Valvins voit passer les artistes les plus brillants de l’époque, ceux qui ont marqué l’histoire de l’art et la littérature : Berthe Morisot, son mari Eugène Manet, leur fille Julie Manet et ses cousines Jeannie et Paule Gobillard. Mais aussi Paul Nadar, Edouard Dujardin, Henri de Régnier, les Mirbeau, André Fontainas, Pierre Louÿs, les Rodenbach, René Ghil, Camille Mauclair, le prince André Poniatowski, Lugné-Poe, Lucien Muhlfed, Charles Guérin, Léopold Dauphin, les Gravollet, Méry Laurent, John Payne, Charles Morice, James MacNeill Whistler et bien sûr Paul Valéry, qui font tous, plus ou moins fréquemment, le voyage de Valvins.
La maison étant trop petite pour accueillir les nombreux invités du poète, c’est à l’auberge du Port à l’anguille, dans l’actuel hameau des Plâtreries, de l’autre côté du pont, que Mallarmé loge souvent ses hôtes. La tradition est de venir y déguster la fameuse matelote d’anguille.

"[…] Comment à peine arrivé tu éprouves déjà le besoin de te frotter aux gens. Je te reconnais bien là, vieux père, et cela me donne complètement raison : tu n’es pas un vrai moine solitaire, mais pas du tout"
Lettre de Geneviève Mallamé à Stéphane Mallarmé, 27 avril 1897 .

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Le cimetière de Samoreau

Description de l'image

Tombe de la famille Mallarmé,
cimetière de Samoreau
© musée départemental Stéphane Mallarmé

Valvins est situé sur la commune de Samoreau jusqu’en 1824, et il semblerait que les habitants du lieu-dit aient continué à dépendre de la paroisse de Samoreau après rectification du tracé communal. C’est pourquoi les Mallarmé ont été enterrés au cimetière de Samoreau.
On y trouve, outre la tombe des Mallarmé, qui regroupe les corps de Stéphane (1842-1898), sa femme Marie (1835-1910), leurs enfants Anatole (1871-1878) et Geneviève (1864-1919), la sépulture du Docteur Bonniot (1869-1930), gendre du poète, et de sa seconde femme, Louise Saquet (1886-1970), tombe faite sur le même modèle que celle des Mallarmé. Mais il y a aussi celles du poète Olivier Larronde (1927-1965), de Misia Natanson-Sert (1872-1950), égérie de la Belle Époque qui fut une amie de Mallarmé et celle de Charlotte Lecoq, la bonne choisie par Mallarmé pour sa pupille Julie Manet et ses cousines Paule et Jeannie Gobillard (future femme de Paul Valéry).

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