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Fermeture du musée
Le musée Stéphane Mallarmé est actuellement fermé au public. Réouverture du 2 mai au 14 juillet 2026. Réservation pour les groupes toute l'année sous réserve de disponibilité par mail ou par téléphone.
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L’ Après-midi d’un Faune est un poème de 110 vers en alexandrin composé par Stéphane Mallarmé entre 1864 et 1876. Alors que le poète peine à avancer sur Hérodiade, dans laquelle il s'est mis « tout entier sans le savoir », il décide de commencer en parallèle une nouvelle création.
J'ai laissé Hérodiade pour les cruels hivers : cette œuvre solitaire m'avait stérilisé et, dans l'intervalle, je rime un intermède héroïque, dont le héros est un Faune.
L’histoire est celle d’un faune qui, entre veille et assoupissement, voudrait s’emparer de deux nymphes. D’abord conçu comme une pièce de théâtre, « un intermède héroïque », avec trois scènes et trois personnages , le texte est refusé en 1865 par le Théâtre Français (aujourd'hui Comédie-Française). Dix ans plus tard, Stéphane Mallarmé le transforme en monologue poétique qu'il intitule Improvisation d’un Faune.
Alors que le poème essuie son second refus en 1875 par le Parnasse contemporain, il est finalement publié en 1876 sous son nom définitif L’Après-midi d’un faune dans une édition de luxe illustrée par quatre dessins gravés de son ami le peintre Edouard Manet. L'œuvre finale est un texte solaire et sensuel qui va marquer les esprits et sera reprise par de nombreux artistes :
Aimai-je un rêve?
Mon doute, amas de nuit ancienne, s'achève
En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais
Bois même, prouve, hélas! que bien seul je m'offrais
Pour triomphe la faute idéale de roses.
Paul Gauguin fait la connaissance du poète lors de l’un des mardis du poète en 1891. Tout semble opposer les deux hommes, entre Gauguin le « sauvage » et le distingué Mallarmé. Pourtant les deux hommes s’admirent réciproquement et de ce premier passage rue de Rome, Gauguin a laissé un portrait du poète qu'il représente avec des oreilles de faune et un corbeau au-dessus de la tête en référence au poème de Poe.
Mallarmé aidera son ami à plusieurs reprises à vendre ses œuvres pour financer son voyage à Tahiti. Pour le remercier, Gauguin lui offre à son retour en 1893 une sculpture en bois de tamanu représentant le faune et une nymphe sous les traits de divinités polynésiennes. Mallarmé confie en retour à l'artiste un exemplaire dédicacé de l’édition originale de L’Après-midi d’un Faune : « Au sauvage et bibliophile. Son ami Stéphane Mallarmé ».
Attiré très tôt par le milieu symboliste, Claude Debussy découvre Stéphane Mallarmé avec le poème Apparition dont il livre une composition en 1884. En 1887, les deux hommes se rencontrent à l'occasion d’un mardi littéraire chez le poète qui demande au compositeur d’illustrer son projet théâtral autour du faune.
Le projet n’aboutit pas mais Debussy poursuit son travail et achève la partition en 1894 qu’il intitule Prélude à l’Après-midi d’un faune. Il invite alors le poète à l’entendre au piano : « Mallarmé vint chez moi, l’air fatidique et orné d’un plaid écossais…après avoir écouté, il resta silencieux un long moment et me dit : je ne m’attendais pas à quelque chose de pareil ! Cette musique prolonge l’émotion de mon poème et en situe le décor plus passionnément que la couleur…».
L'œuvre, qui compte 110 mesures, reçoit un accueil mitigé car Debussy y invente un nouveau langage musical libéré des codes traditionnels à tel point que pour les historiens de la musique, la première du prélude qui a lieu en 1894, marque symboliquement le début de la musique dite « moderne ». Debussy continuera à s'inspirer de la poésie de Mallarmé même après sa mort, en 1913 il imagine une nouvelle œuvre musicale : Trois Poèmes de Mallarmé à partir des poèmes Soupir, Placet futile et Autre éventail de Melle Mallarmé.
En 1912, L’Après-midi d’un faune resurgit sur le devant de la scène et provoque une nouvelle révolution artistique cette fois dans l’univers de la danse. Il s’agit du ballet de Vaslav Nijinski interprété sur le prélude de Debussy. Ce ballet est la première chorégraphie que Nijinski réalise entièrement seul et dont il est aussi l'interprète principal.
L'histoire que raconte le ballet n'est pas exactement celle du poème de Mallarmé mais une scène qui le précède. Le célèbre danseur-étoile rompt ici avec le ballet classique en proposant une chorégraphie originale, qui souligne l'animalité et la sensualité du faune, composée de mouvements jamais vus jusqu’alors et en faisant danser ses danseurs pieds nus.
L'œuvre révolutionnaire, (trop) osée pour l’époque, fait grand bruit lors de sa première au Théâtre du Châtelet. Un article du Figaro décria l'impudeur du faune, en droit de réponse deux lettres élogieuses d'Auguste Rodin et d'Odilon Redon furent publiées dans le numéro suivant.
Le scandale alimenté par la presse attira cependant le public aux représentations suivantes et l'œuvre deviendra culte comme en témoignent les reprises dans les décennies suivantes sur les scènes du monde entier. L'étude pour le décor originel réalisé par Léon Bakst est aujourd'hui conservée au Centre Pompidou. Ce décor fut remplacé en 1922 par une nouvelle toile en camaïeu de gris peinte par Pablo Picasso.
Combien nous devons vous être reconnaissants, monsieur, d'avoir su enchâsser dans l'écrin de l'art russe un joyau de plus. L'esprit de Mallarmé était ce soir parmi nous.
Féru de littérature, l'artiste pointilliste Henri-Edmond Cross s'est directement inspiré du poème pour son tableau Le Faune (1905-1906). Son œuvre influencera notamment Henri Matisse qui illustrera dans les années 30 le recueil Poésies de Stéphane Mallarmé.
Plus tard, à la fin de la Première Guerre mondiale, Ker-Xavier Roussel, peintre nabi, se met à esquisser sa vision du célèbre poème de Mallarmé. Amoureux de la poésie et fasciné par les créatures de la mythologie, l’artiste tente alors de représenter sur de petits formats un faune frappé par la beauté de deux nymphes. Finalement, en 1930, c’est à travers un tableau de plus de trois mètres de long qu’il lui rend hommage.
Dès les années 1890, Mallarmé collabore à La Revue Blanche et se lie d'amitié avec un groupe de jeunes peintres symbolistes qui s'intéressent à la spiritualité : les Nabis. C'est d'ailleurs le poète et ami de Mallarmé, Henri Cazalis qui trouve leur nom qui signifie « prophète » ou encore « inspiré de Dieu » en hébreu. Ils se considèrent comme les disciples de Gauguin qu'ils voient comme un messie.
L'esquisse conservée au musée représente les différents personnages du poème de Mallarmé : le faune dissimulé dans les roseaux épiant les nymphes plongeant dans une eau miroitante, l’une mangée par la lumière, l’autre presque inaperçue dans les reflets de l’eau, comme si elles étaient une illusion/hallucination du rêve du faune.